L'humanitaire, vaste programme... Renseignez-vous avant de partir.
L’humanitaire…
Ethiopie
Il y a quelques années, après la famine, un gars – sans doute philosophe de condition et diplomate de renom – a dû venir ici, en mission d’observation. Il a débarqué comme il se doit au Sheraton d’Addis-Abeba et a commencé par prendre connaissance de la situation économique du pays auprès de l’agent de change. Après quoi, il a questionné les gardiens à propos de la sécurité publique, puis les jardiniers sur le potentiel de l’agriculture. Enfin, il s’est enquis de la situation alimentaire au restaurant, en compagnie du ministre éthiopien de la philosophie et de la diplomatie, lequel l’a emmené ensuite en 4x4 sur le terrain.
Et là… Stupéfaction !
- Ah, mais vous n’avez pas de télé, pas de cafetière électrique, ni même de voiture ?… mais… mais vous êtes très pauvres ! Et d’ajouter : bougez pas, nous on est riche, on va vous aider !
- oui… mais ça va nous coûter combien ? a demandé le ministre méfiant.
- Non non, rien. On s’occupe de tout !
- Ah bon… ce n’est pas dans nos traditions, mais si ça marche comme ça chez vous, pourquoi pas.
Dès lors, l’Ethiopie est rentrée dans l’engrenage de l’assistanat. Chacun a commencé à attendre que son destin s’améliore sous la prodigalité des blancs.
Chacun de nous se souvient des « 1kg de riz pour l’Ethiopie » collectés dans les écoles – le riz : l’aliment des pauvres, l’aliment pour les pauvres ! – Eh bien, d’une part les Ethiopiens ne mangent pas de riz mais seulement du teff, et d’autre part, ils attendent maintenant leur dessert. Les Chinois leur cultivent la canne à sucre, l’Union Européenne leur installe l’électricité, le téléphone ; les Japonais leur construisent des routes, les Américains leur distribuent des denrées, et de vaillantes ONG viennent labourer leurs terres avec des tracteurs Massey Ferguson ou aménager leurs puits. Fantastique. Quelle générosité !
Du coup, les Ethiopiens glandent. C’est fou le nombre de sans activité qu’on a produits ! […] Aider de la sorte, c’est encourager l’oisiveté. […]
D’un côté, la maladresse blanche ; de l’autre, le laisser-aller noir. Black and White. Heureusement qu’on a inventé le whisky pour remonter le moral de chacun.
« Aide-toi et le ciel t’aidera ». En Chine ça marche, mais en Ethiopie la première partie du proverbe s’est perdue dans le transport : « Le ciel t’aidera, mon gars ! » Les gamins se sont habitués à recevoir stylos, bonbons et argent depuis la fenêtre entrouverte d’un 4x4, qui ralentit alors pour pouvoir photographier l’inoubliable bouille de l’enfant, si heureux avec ses cadeaux, petits chéris… et les adultes attendent qu’on viennent labourer leur terre…
Extrait de « Un an de cavale » de Olaf Candau