• 1.1. De quoi parle-t-on?

    Définition du moment humanitaire

    Correspond à l'intervention ou à l'action de différents acteurs sur un territoire pendant une période longue ou courte pour secourir et aider les populations victimes d'une crise.

     

    L’histoire…

    24 juin 1839 : la bataille de Solférino – les forces franco-sardes s'affrontent à la force franco-autrichienne. Henri Dunant est présent et constate les désastres humains. Cela l'amène à créer la Croix Rouge (élément majeur pour le droit international humanitaire) pour porter secours aux blessés et propose aux états des conventions internationales d’humaniser la guerre. C'est ainsi que naît la Convention de Genève (1863) et le texte est adopté en 1864.

    "La Convention de Genève permet à tous les Etats de démontrer leur sollicitude et leur humanité en acceptant que dès lors qu'un prisonnier est blessé il devient un être humain, il n'appartient plus à cet Etat mais est restitué à l'Humanité. La distinction entre combattant et non combattant est la racine même de l'action humanitaire".

    Structuration de l'humanitaire : naissance des associations humanitaires et de l'ONU.

    Dans le sillage de la Croix Rouge se créent des associations humanitaires d'inspiration religieuse, essentiellement dans le monde anglo-saxon (Save The Children 1919). Ces associations visent avant tout à venir en aide aux victimes européennes et américaines des deux guerres mondiales et des crises économiques. Mais les plus grosses ONG voient le jour au cours de la seconde guerre mondiale : International Rescue Committee (IRC), Catholic Relief Service (CRS) Cooperative for American Remittancies Everywhere (CARE) aux USA, et Oxford Committee for Famine Relief (OXFAM) en Grande Bretagne qui s'oppose dès la création au gouvernement britannique en venant en aide aux Grecs victimes de la famine provoquée par blocus imposé par les Anglais en 1942. Après la deuxième guerre mondiale, les vainqueurs créent l'Organisation des Nations Unies (1945) dans le but de maintenir la paix dans le monde et de faire respecter le droit international humanitaire (conventions de Genève). En 1947, l'UNICEF, agence de l'ONU pour les enfants, voit le jour. En 1951, la première véritable institution internationale humanitaire est portée sur les fonds baptismaux sous le nom de HCR (Haut Commissariat des Nations Unis pour les Réfugiés). Elle prendra un essor considérable dans les années 1980 avec l'explosion du nombre de réfugiés dans le monde. Le jeu des grandes puissances (la guerre froide) empêchera ces institutions internationales d'assurer pleinement leur mandat. Il faudra attendre les années 1990 pour voir leur rôle réévalué. Par manque de fonds et de flexibilité, leurs missions sont le plus souvent sous-traitées à des associations humanitaires, plus particulièrement dans les camps de réfugiés.

    La fin du silence et de la neutralité: le conflit du Biafra (1969) et la création de MSF

    La deuxième phase de l'humanitaire moderne commence au Biafra, à la fin des années 60 dans le contexte de la décolonisation. Les médecins français (French doctors) qui agissent pour la Croix rouge ou les organisations internationales décident de rompre la tradition solidement ancrée de la neutralité et du silence.Ils ont en mémoire le silence coupable de la Croix Rouge face à Auschwitz et au nazisme. Ils dénoncent ce qu'ils croient être un génocide. L'analyse historique a posteriori montre qu'il s'agissait d'une guerre totale mais pas d'un génocide. En mettant l'individu "victimisé" au centre du débat, l'humanitaire s'éloigne progressivement du militantisme politique. "Cette prise de parole était salutaire en elle-même mais mal-fondée en l'occurrence puisqu'en dénonçant un génocide, les médecins devenaient, malgré eux, les relais d'une propagande, d'un marketing politique de la Sécession biafraise". Suite au Biafra, les "French doctors" fondent le mouvement des sans frontières et créent Médecins Sans Frontières (MSF) en 1971. Le projet du mouvement des sans frontières est de rendre l'aide humanitaire indépendante des Etats en s'appuyant sur l'opinion publique prise à témoin ; d'où l'importance accordée à la médiatisation de ses interventions. L'Humanitaire s'installe alors durablement dans le tiers-monde et s'inscrit dans une perspective Nord-Sud.

    Le succès de l'humanitaire : les guerres internes, le politique et l'image (années 70-80)

    Dans la deuxième moitié des années 1970, la multiplication des conflits périphériques et l'expansionnisme soviétique créent de nouveaux foyers de violence (Angola, Cambodge, Afghanistan...). La plupart sont des "guerres internes" dans lesquelles ne peuvent intervenir les institutions humanitaires classiques comme la Croix Rouge. Les associations humanitaires se développent donc "là où les autres ne peuvent aller", dans les maquis, au côté des mouvements de résistance "de droite" comme "de gauche". "L'aventure cède parfois le pas à l'humanitaire" .

    Malgré sa volonté de neutralité, l'humanitaire, émanation de la société libérale occidentale, apparaît comme une preuve tangible de la supériorité morale des régimes libéraux sur les régimes communistes. Il véhicule de manière subliminale une morale en acte, une morale de l'engagement et du courage. Dès l'instant où le politique ne semblait plus à même de prendre en charge l'espoir d'un monde meilleur ce sont ces mouvements privés qui ont été investis de cette attente morale.

    "L'essor des organisations de défense des droits de l'homme, de l'écologie et de l'antiracisme s'est fait parallèlement à celui des organisations humanitaires et dans une dynamique commune" . L'humanitaire construit son succès sur le désenchantement politique et l'échec du développement dans les pays du Sud.

    Le besoin d'un horizon de justice et la nécessité d'aider concrètement le Tiers monde se rejoignent dans l'action humanitaire et trouvent leur expression dans la force de l'image : quand dans un même reportage, vous voyez une réunion de diplomates dans un grand hôtel, le conflit et les solutions qui tentent d'y être apportées vous semblent très abstraits. Quand, en revanche, dans le plan suivant, vous voyez des enfants qui meurent de faim, des blessés qui agonisent, une infirmière qui donne à manger à la cuillère à un gamin décharné, un chirurgien qui opèrent… etc. vous avez à la fois une source d'angoisse et en même temps la résolution, le remède, puisqu'à cette souffrance vient s'adjoindre immédiatement un allégement de la souffrance. Vous avez une mise en forme qui surclasse le politique simplement par la force de l'image .

    En 1979, des divergences apparaissent à l'occasion de l 'opération "Un bateau pour le Vietnam", Bernard Kouchner défendant l'idée qu'il faut affréter un navire, avec à son bord médecins et journalistes, afin de pouvoir soigner et aussi témoigner des violations des droits de l'homme sur le terrain. Cette opération est jugée trop médiatique par les autres dirigeants: Kouchner et une quinzaine de responsables quittent l'association pour fonder, en mars 1980, Médecins du Monde. Dans les années 1980, le succès de l'humanitaire "d'urgence", (action ponctuelle sur les effets, dans le court terme), se fait aux dépends de l'humanitaire de "développement" (action sur les causes, dans la durée). Les "ONG d'urgence", plus voyantes, plus spectaculaires drainent l'essentiel les dons et concurrence les "ONG de développement" qui ont moins d'images à vendre, et moins de résultats quantitatifs à faire valoir. Ces dernières sont donc beaucoup plus dépendante des fonds publics, exception faite du Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement qui peut s'appuyer sur un réseau de donateurs réguliers.

     

    Les différents moments

    a.   Urgence

    L’urgence, c’est avant tout l’action sanitaire et l’aide alimentaire s’appuyant sur une logistique lourde. La gratuité des biens et des services fournis est alors la règle. Dans ces conditions extrêmes, l’accord des gouvernements est rarement recherché (quand il n’est pas délibérément ignoré au nom de l’ingérence), et la collaboration avec l’administration et les organisations locales est peu explorée.

     

    Les différentes causes d’une urgence sont :

    Humaine  (les plus récurrentes = conflits armée) ; exaction d'une partie de la population sur une autre partie de la population (génocide) ; violence politique = une famine orchestrée par un gouvernement pour faire pression sur une autre partie du pays ; difficultés économiques = les décisions prises entraînent des complications – On peut mettre là dedans les difficultés que rencontrent des populations des pays riches (les « nouveaux » pauvres; l'exclusion)

    Naturelle : séisme (destruction matérielle et humaine) ; volcan ; violentes inondations ; raz de marée ; sécheresse

    Les conflits

    Internes : guerres civiles

    Externes : inter-étatiques

     

    b.  Réhabilitation

    La phase de réhabilitation (ou post-urgence) se place entre ces deux grands domaines. Le travail est encore long pour que ce moment soit pris en compte. Cependant, cette étape est indispensable pour assurer une pérennité dans les actions menées.

     

    c.   Développement

    Le développement est une approche globale touchant tous les aspects de la vie quotidienne : adduction d’eau, structures foncières, habitat, circuits bancaires et commerciaux, débat démocratique… La participation financière (même modeste) des populations concernées est ici demandée. L’appui des pouvoirs publics locaux, des instances coutumières et des organisations locales est indispensable à une action qui s’inscrit dans la continuité et ne sera pertinente que si elle est conduite par les personnes concernées.

     

     

    Les différents acteurs

    La nature de la crise déterminera les modalités d'intervention des acteurs.

    Etat, armées, ONG, OI mènent des actions humanitaires dans le but de secourir des populations. Ils ont tous les mêmes buts mais la nature de ces acteurs peut entraîner des modalités d'intervention différentes :

    l  n'ont pas le même mandat

    l  n'ont pas les mêmes motivations d'intervention ; ne sont pas tous régis par les mêmes règles d'éthique et déontologiques (les ong religieuses interviennent au nom d'une religion et font du prosélytisme en même temps – une ong laïc agira selon des valeurs morales et idéologiques (neutralité, apolitisme)

     

    En général les ONG françaises se définissent par rapport à une série de valeurs : impartialité, neutralité, l'indépendance, apolitisme, non-discrimination (race, sexe, religion, opinion)

     

    Les Organisations Internationales : ONU, Croix Rouge, l'UE

    Les Organisations Non Gouvernementales : D’urgence (MSF, ACF, Première Urgence, Solidarité, …) et développement (Oxfam, GRET, AVSF, …).

    Les Etats : Ils peuvent directement mettre en oeuvre des programmes de développement  mais généralement ils sous-traitent – CIDA (Canada), USAID, Danois (danida).

    Les armées : Les armées (en tant que force internationale) font de plus en plus d'actions humanitaires soient directement menées par les militaires ou des civils au nom des militaires.

     

    Les changements dans l’environnement du monde humanitaire depuis la fin de la guerre froide

             L’accroissement du nombre de conflits internes depuis le début des années 90

             Montée en puissance de l’aide d’urgence et des ONG sur le terrain

             Accroissement du rôle des médias dans la médiatisation des crises

             Le développement des actions au cœur des crises

             Accroissement des problèmes de sécurité

     


    A TELECHARGER

    L'évolution des modèles de développement

    Nouveaux acteurs, nouveaux enjeux

    L'éthique humanitaire

    Droit international de lapersonne humaine


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